Les prix du pétrole ont bondi de plus de $3 le baril à l'ouverture du marché lundi, après un week-end de nouvelles frappes militaires contre l'Arabie saoudite et des navires dans le Golfe, tandis que les discussions prévues entre Oman et l'Iran sur la réouverture du détroit d'Ormuz ont été reportées sine die — une combinaison qui a poussé le brut Brent à $108,23 et ravivé le spectre d'une urgence d'approvisionnement prolongée.
Les contrats à terme sur le Brent ont progressé de $3,62, soit 3,46%, à $108,23 le baril à la reprise des échanges dimanche soir (GMT). Le West Texas Intermediate a gagné $3,15, soit 3,15%, à $103,20. Ce rallye prolonge une hausse amorcée la semaine dernière, lorsque l'Arabie saoudite a fermé son oléoduc Est-Ouest de 7 millions de barils par jour après une frappe de drones lancée depuis le territoire irakien.
Escalade du week-end
La nouvelle vague d'attaques s'est déroulée dimanche 13 septembre. La télévision d'État saoudienne a diffusé des images de maisons détruites et d'une mosquée endommagée dans la province méridionale de Jazan, attribuant la destruction à une frappe de missiles et de drones houthis. Les houthis ont revendiqué séparément une frappe contre une base militaire saoudienne dans une province adjacente.
Dans le détroit d'Ormuz, un navire a été touché par un projectile qui a provoqué un grave incendie à bord et contraint l'équipage à évacuer, a rapporté l'agence britannique de sécurité maritime UKMTO. Séparément, un navire de commerce iranien a été touché au large des côtes iraniennes, tuant un membre d'équipage et en blessant quatre, selon les médias d'État iraniens.
Ces incidents aggravent les perturbations déjà causées par l'arrêt de l'oléoduc Est-Ouest le 10 septembre. Le dernier corridor d'exportation encore opérationnel de l'Arabie saoudite — transportant 4 à 5 millions de barils par jour et redirigé à pleine capacité pour compenser le blocus d'Ormuz — reste hors service, sans calendrier de réouverture annoncé.
Discussions reportées, la diplomatie s'enlise
Le ministre des Affaires étrangères omanais, Badr Albusaidi, a annoncé dimanche qu'une réunion entre les États arabes du Golfe et l'Iran, prévue lundi à Salalah, avait été reportée « dans l'intérêt du consensus ». L'agence de presse iranienne Fars a rapporté que ce report était une décision conjointe de Téhéran et de Mascate, prise à la demande de plusieurs pays de la région.
Oman est le principal médiateur du conflit depuis le début de la guerre avec l'Iran en février. En juillet, Mascate a proposé un mécanisme conjoint visant à partager le contrôle du détroit d'Ormuz à 50-50, avec des frais de navigation volontaires inspirés de l'accord du détroit de Malacca. L'Iran a rejeté la composante de frais volontaires, en insistant sur des paiements obligatoires, et les discussions n'ont abouti à aucune percée.
Ce report élimine le dernier catalyseur diplomatique à court terme susceptible d'alléger la pression sur l'approvisionnement. Sans accord opérationnel ni redémarrage rapide de l'oléoduc, les analystes ne voient qu'un soulagement limité pour les marchés du brut.
L'arithmétique de l'offre
L'effet combiné de l'arrêt de l'oléoduc, du blocus d'Ormuz et des attaques du week-end laisse l'Arabie saoudite — premier exportateur mondial de brut — pratiquement sans aucune route d'exportation viable. Les analystes cités par Reuters estiment que le royaume dispose de stocks suffisants pour environ 5 à 7 jours d'exportations aux niveaux actuels.
L'analyste de marché d'IG Tony Sycamore a averti dimanche dans une note que « à moins que les discussions de cette semaine à Oman n'aboutissent à quelque chose d'opérationnel — ou que l'oléoduc Est-Ouest ne soit rapidement remis en service — le risque est que le brut continue de prolonger ses gains vers le sommet de $119,48 du début mars ».
L'impasse diplomatique s'inscrit dans un contexte politique : le président des États-Unis, Donald Trump, pousse à rétablir le trafic maritime d'Ormuz aux niveaux d'avant-guerre avant les élections de mi-mandat de novembre, mais l'Iran ne montre aucun signe de renoncer à ce qu'il considère comme une source clé de levier stratégique. La production de brut saoudienne était déjà tombée à 6,238 millions de barils par jour en août — un plus bas de 36 ans déclaré à l'OPEP — avant que la fermeture de l'oléoduc n'élimine la dernière alternative d'exportation.
Les frappes de dimanche contre Jazan et les incidents impliquant des navires marquent un glissement du ciblage d'infrastructures vers une escalade militaire plus large, ce qui accroît le risque que les perturbations de l'offre s'étendent au-delà de l'Arabie saoudite aux voies maritimes du Golfe utilisées par plusieurs producteurs.
Sources
- Reuters via The Hindu BusinessLine, "Oil prices jump more than $3 after new strikes on Saudi, Strait of Hormuz," September 14, 2026. thehindubusinessline.com
- Al Jazeera, "Tehran and Muscat delay talks, citing regional consensus need," September 13, 2026. aljazeera.com
- investingLive, "Oil gap higher: Saudi pipeline shut after drone attack as Hormuz meeting is postponed," September 13, 2026. investinglive.com